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Cinéma : 600 professionnels dénoncent « l’emprise » de Vincent Bolloré

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Par Anastasia Svoboda
Actualité n° 347970 | Publié le 12 mai 2026 10:58 | 483 mots
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Près de 600 professionnels du cinéma ont dénoncé « l’emprise grandissante de l’extrême droite » sur leur profession par l’intermédiaire du milliardaire Vincent Bolloré, dans une tribune publiée lundi 11 mai, à la veille du Festival de Cannes.

Les acteurs Swann Arlaud, Juliette Binoche, Damien Bonnard, Jean-Pascal Zadi ou Adèle Haenel, le producteur Rémi Bonhomme et Caroline Bonmarchand, ou les réalisateurs Sepideh Farsi et Arthur Harari comptent parmi les signataires du texte publié dans Libération.

« En octobre 2025, le groupe Canal + a acquis 34 % du capital d’UGC, le troisième plus grand réseau de salles de cinéma françaises, avec la perspective d’acquérir 100 % des parts d’ici à 2028 », pointe la tribune. « C’est une nouvelle étape dans la stratégie d’expansion de Vincent Bolloré », qui « détient déjà la chaîne Canal+ et ses filiales, dont Studiocanal, numéro 1 de la production de cinéma européenne. »

Pour rappel, bien qu’ayant baissé ses investissements, Canal+ reste le premier financeur du cinéma français, avec 480 millions d’euros minimum de 2025 à 2027, et a amplifié son engagement auprès des films de la diversité (films au budget inférieur à 4 M€) (Satellifacts, 3 mars 2025). 

Avec l’acquisition d’UGC, « Bolloré sera en position de contrôler la totalité de la chaîne de fabrication des films, de leur financement à leur diffusion sur petit et grand écran », soulignent ces producteurs, distributeurs, exploitants, cinéastes, techniciens, et comédiens, ainsi que le collectif Zapper Bolloré.

« Derrière son costume d’homme d’affaires, le milliardaire ne cache pas qu’il mène un “projet civilisationnel”, réactionnaire d’extrême droite, à travers ses chaînes de télé comme CNews et ses maisons d’édition. Si l’influence de cette offensive idéologique sur le contenu des films a été pour le moment discrète, nous ne nous faisons pas d’illusion : ça ne durera pas », poursuivent les signataires.

« Sortir ensemble du silence imposé insidieusement à notre secteur »

« La concentration inédite de la chaîne de financement entre les mains de Vincent Bolloré lui donne toute liberté d’agir le moment venu. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas », alertent les signataires, qui rappellent que le « démantèlement du CNC et de l’audiovisuel public fait partie du programme du RN ».

« La bataille culturelle dont on parle partout ne désigne pas un simple affrontement d’idées. En laissant le cinéma français aux mains d’un patron d’extrême droite, nous ne risquons pas seulement une uniformisation des films, mais une prise de contrôle fasciste sur l’imaginaire collectif », s’inquiètent-ils.

Ces professionnels ne veulent pas « rester spectateurs […]. Nous dépendons aujourd’hui, à des degrés divers, pour nos projets autant que nos salaires, de l’argent de Vincent Bolloré, mais nous voulons sortir ensemble du silence imposé insidieusement à notre secteur. »

Ils appellent donc à « construire ensemble un mouvement capable de défendre notre indépendance et la possibilité de créer, de diffuser et de programmer librement » et à se rassembler « contre le rachat d’UGC ».

Cette mobilisation fait suite à celle de centaines de professionnels de l’édition qui ont protesté contre le limogeage d’Olivier Nora, le PDG de Grasset, une maison d’édition du groupe Hachette, dans l’orbite de Vincent Bolloré.